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Pierrot
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La terre infestée d'hommes
Pompoko (1994) d'Isao Takahata

Ca a mal commencé hier soir lorsque le caissier du cinéma où je me suis rendu m’a annoncé qu’il n’avait que la version française de Pompoko. Pourquoi persister à se déplacer en salle lorsque les chaînes câblées permettent de voir Sex academy en VO ? Pourquoi payer 6 euros 50 pour voir une œuvre totalement dénaturée par un doublage infect où des adultes prennent des voix débilitantes sous prétexte qu’il s’agit d’un film d’animation et qu’animation devrait être synonyme d’infantilisme ? Bref, j’étais de méchante humeur en raison de ce désagrément jusqu’à ce que la qualité du film me calme.
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Nous avons déjà parlé souvent de Miyazaki en ce lieu (l’an dernier, j’évoquais à la même époque la sortie du merveilleux Château ambulant) mais je n’ai pas jusqu’ici été amené à parler d’Isao Takahata, le deuxième grand maître de l’animation japonaise qui fonda les studios Ghibli avec l’auteur de Mon voisin Totoro au milieu des années 80.
Pompoko va me permettre de réparer cette injustice. Tourné en 1994, il s’agit d’une fable écologiste où de drôles de petites bestioles, mi-ours en peluche, mi rongeurs des bois, appelées Tanuki s’organisent pour contrer les vilains desseins des hommes ravageant toute la forêt et la montagne pour construire sauvagement des habitations.
Contrairement à Miyazaki dont l’œuvre possède une solide unité de thème, de style et une indéniable cohérence ; celle de Takahata peut paraître plus éclectique. Quels points communs en effet entre le magnifique classicisme du tombeau des lucioles (bouleversant mélodrame sur les horreurs de la guerre et les traumatismes liés à la bombe atomique), les haïkus rigolards et tendres de Mes voisins les Yamada (sans doute son plus beau film) et une petite fable féerique comme Goshu le violoncelliste ? Pas grand chose si ce n’est qu’à travers la diversité des styles, on peut apercevoir quelques motifs récurrents et quelques thèmes lancinants comme celui du territoire occupé (ici et dans le tombeau des lucioles) ou l’idée de transformation qu’on trouvait déjà dans Goshu. Car nos Tanuki ont un pouvoir merveilleux : avec un peu d’entraînement, ils peuvent prendre n’importe quelle forme, celle d’une théière ou d’un homme. Et c’est en cultivant ce pouvoir qu’ils vont chercher à résister à l’envahisseur humain.
Esthétiquement et thématiquement (le respect quasi religieux pour la nature et ses esprits), Pompoko est sans doute l’œuvre la plus « miyazakienne » de Takahata mais c’est également un film presque violent sur la nécessaire lutte contre l’oppresseur (en cela, et malgré un trait extrêmement doux et soyeux, je ne trouve pas que ce film s’adresse spécialement aux enfants). Nous resterons constamment du côté des Tanuki et l’homme ne sera rien d’autre que l’ennemi héréditaire avec lequel on ne peut négocier, comme il paraissait inimaginable dans le tombeau des lucioles d’envisager les torts du côté japonais (ce que fait par exemple la très belle BD Gen d’Hiroshima en restant à la fois du côté des enfants martyrisés par la guerre mais en fustigeant également l’odieux nationalisme japonais qui fut aussi l’une des causes du cataclysme).
Laissez-moi vous narrer une scène absolument géniale mais d’une certaine manière hallucinante, et dont je ne me rappelle pas avoir vu l’équivalent autre part. Les tanuki mènent une première attaque contre les humains, provoquent des accidents de pelles à chenilles et de camions, réussissant à contrecarrer les projets d’aménagements urbains. Joie dans le camp des bestioles. On s’apprête à faire la fête quand une voix s’élève pour faire remarquer que l’opération a coûté trois vies humaines. On convient donc de rendre hommage aux victimes et de leur accorder une minute de silence. On craint alors le petit couplet moraliste et gnangnan (le respect de la vie humaine, gnagnagna…).Et là, Takahata se permet de montrer une foule de Tanuki qui retient tant bien que mal un fou-rire (la scène est désopilante) et laisse éclater soudain son bonheur au bout de dix secondes. Seule la cause de la nature est juste et on ne va pas pleurer sur le sort d’un ennemi !
Alors même si cette cause peut-être discutable, le cinéaste nous offre une joyeuse apologie de la guérilla et de la résistance. Cela nous vaut des scènes à la fois burlesques ou fantasmagoriques (une parade de fantômes sur la ville totalement surréaliste et d’une beauté à couper le souffle) où nos sympathiques « terroristes » (comment ne pas trouver sympathique ces bestioles testiculeuses qui n’ont de goût que pour la fiesta et la paresse ?) mènent un combat acharné contre les hommes qui ne sont finalement que des Tanuki ayant perdu le sens de leurs origines naturelles et qui se dopent aux boissons énergisantes pour oublier leurs tristes conditions.
Sans dévoiler la fin, nous dirons que le film se termine sur une note nostalgique et utopique d’un homme en harmonie avec la nature, ne songeant qu’à assouvir ses véritables désirs loin des eaux glacées du travail, de l’argent, de la réussite et du pouvoir...
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Commentaire critique
Sex academy (2001) de Joël Gallen

Autant le dire tout de suite, je n’attendais vraiment rien de Sex academy, m’apprêtant à subir une énième comédie pipi-caca dont Hollywood semble désormais friand. Or il s’avère que c’est une bonne et agréable surprise. Nous aurons certes droit à une bonne dose d’humour scatologique et régressif mais également à un commentaire ironique et judicieux sur un genre typiquement américain : le « teen movie ».
Sex academy serait au film de teen-ager ce que Scary movie est à Scream de Wes Craven (dixit Télérama). La comédie américaine arrive à un stade où elle se voit obligée de parodier des films qui relèvent déjà de la parodie (même si le talent de Wes Craven dans le premier Scream est d’avoir réussi à faire un véritable film de genre tout en parvenant à pointer les artifices et les codes de ce genre). Nuançons néanmoins en distinguant nettement les films déjà parodiques que Joël Gallen pastiche (American pie en premier lieu) et ceux qui ne le sont pas, notamment The breakfast club de John Hugues qui est cité mille fois (de la reprise de la chanson de Simple mind aux apparitions surprises des acteurs du film) et surtout Rose bonbon que je n’ai hélas pas vu mais où l’on retrouve la patte de John Hugues (scénariste du film) et la présence de Molly Ringwald (également vedette de The breakfast club).
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Après une entrée en matière assez convenue dans le « trash » (du danger pour une ado de jouer avec un godemiché le jour de son anniversaire car il ne fait aucun doute que c’est à ce moment précis que toute la famille et même le curé vont en profiter pour rappliquer à l’improviste sur les lieux du « délit ») , le film nous conduit au lycée John Hugues (comme par hasard) et ne va dès lors plus cesser de désosser les conventions du « film de campus » et de les mettre à nues. Et curieusement, ce jeu avec les archétypes va se révéler beaucoup plus intelligent qu’il n’en a l’air en jouant sur deux registres : d’une part, l’exacerbation de la tendance « crade » de la comédie américaine actuelle (ce qui nous vaut une scène, où des ados à peine pubères voulant perdre leur virginité comme dans American pie vont jusqu’à mater une nana en train de faire la grosse commission, que n’aurait sans doute pas désavoué John Waters) ; d’autre part, un commentaire critique de tous les clichés systématiques du genre.
Cela va de l’héroïne mal dans sa peau et que personne ne remarque qui n’est en fait qu’une bombe qu’on a affublé de lunettes, d’une queue de cheval et d’une salopette tachée de peinture (parce qu’elle est aussi « rebelle » et « artiste ») à l’inévitable bal de promo de fin d’année où le beau gosse riche, suite à un pari, emmènera l’héroïne pour finalement ce rendre compte que c’est elle qu’il aime, en passant par tous ces personnages habituels que sont le meilleur ami secrètement amoureux de l’héroïne, le « black » rigolo auquel on ne donne que trois lignes de dialogues et le « clapper » qui doit applaudir au meilleur moment pour donner le signal à une foule en liesse soutenant le nouveau couple.
Toutes ces notations sont très bien vues et on rit de tant de pertinence. L’exercice pourrait sembler vain s’il ne s’en tenait qu’à une simple parodie (genre qui ne va jamais très loin sauf s’il est porté par l’invention et le dynamisme du trio Zucker-Abrahams-Zucker). Rire de John Hugues et d’American pie, c’est un peu tirer sur une ambulance. A mon sens, Joël Gallen va beaucoup plus loin et en se livrant à un commentaire tellement critique des clichés du genre, il nous donne une vision assez percutante de ce qu’est en train de devenir l’Amérique. (Vincent évoquait dans les commentaires une liste de films qui représenterait le mieux les USA et bien je mettrais bien volontiers Sex academy).
Ce que nous montre d’abord Sex academy, c’est le refoulé d’un pays qui crève sous un puritanisme de plus en plus étouffant. C’est peut-être aux Etats-Unis que se joue de manière la plus violente le conflit entre un ordre moral de plus en plus totalitaire et les lois d’un libéralisme économique se voulant absolument permissif dans la mesure où une possibilité de profit peut être tiré de cette « liberté ». Le film prend acte de cette « esthétique porno » (c’est en survolant un article de Courrier international sur les jeunes étudiantes américaines que j’ai trouvé cette expression) qui fait rage sur les campus. Poupées décolorées, siliconées, habillées en pom-pom girl (absolument hideuses en ce qui me concerne) hantent le lycée, réduites à n’être que des produits de consommation à l’image de cette étudiante étrangère qui n’a pour unique fonction que d’être un corps et que le cinéaste fait jouer nue pour appuyer cette idée. C’est encore ces gamins à peine pubères obsédés par le sexe comme unique objet de consommation.
Le film nous montre également fort bien le terrorisme esthétique que soutient d’une certaine manière le « teen movie ». Il est dit au début que le lycée permettra un mélange idéal des riches et des pauvres, des beaux et des laids. Or une fois ceci dit, les élèves sont classés dans les catégories qui leur sont assignées : les riches sportifs, les intellos (lunettes et aspect rachitique), les boudins… Toutes proportions gardées, Sex academy rejoint Manderlay de Lars Von Trier et son regard extrêmement ironique sur la catégorisation des individus et l’inégalité foncière de nos sociétés dites avancées. Alors que des petits blancs merdeux singent les noirs et leur culture (hip-hop), les noirs sont consignés à ne répéter que trois mots et ne feront jamais office de personnage intéressant (scène très drôle où le noir de service rencontre dans une « party » un autre noir et lui dit qu’il peut s’en aller, qu’ils sont trop de deux et qu’il va se charger de tenir le rôle du faire-valoir).
En démontant un à un et avec une rare méticulosité tous les clichés inhérents du genre, Sex academy révèle un regard mordant sur une société qui assigne chacun à une place pour en exclure d’autres. Lorsqu’au bal de promotion, c’est des sœurs siamoises qui gagnent ; Joël Gallen met à jour tout le refoulé d’un genre qui ne peut, au fond, supporter l’Autre (le laid, le pauvre, le noir, le difforme, le vieux…) ; et montre comment ce genre consolide un ordre terroriste de la pure consommation (de sexe, de « beauté » -qui oserait qu’une fille ayant recours à la chirurgie esthétique peut rester belle ?-) et un conformisme de plus en plus asphyxiant.
Qui l’eut cru ?
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Anthologie de l'amour sublime
Les amants de la nuit (1948) de Nicholas Ray avec Farley Granger, Cathy O'Donnell

Parce qu’il y a toujours quelque chose de dérisoire à vouloir ajouter des mots à la beauté du premier film de Nicholas Ray (son premier !!), parce que tout a sans doute été dit et parce que ce chef-d’œuvre illustre la seule chose qui vaille finalement en art, à savoir l’amour fou qui fait fi de la société, des conventions, des mœurs et même de la mort ; nous nous contenterons à l’instar de la dame de cour du XI ème siècle Sei Shônagon de dresser une liste des films passionnels qui font battre le cœur plus rapidement et d’ajouter Les amants de la nuit à :
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-L’âge d’or (L.Buñuel)
-Les amants du pont-neuf (L.Carax)
-La belle et la bête (J.Cocteau)
-Pierrot le fou (J.L.Godard)
-Vertigo (A.Hitchcock)
-Sailor et Lula (D.Lynch)
-Les contes de la lune vague après la pluie (K.Mizoguchi)
-L’aventure de Madame Muir (J.Mankiewicz)
-Elle et lui (Léo McCarey)
-L’aurore (FW.Murnau)
-L’empire des sens (N.Oshima)
-Le temps d’aimer et le temps de mourir (D.Sirk)
-La femme d’à côté (F.Truffaut)
-Breaking the waves (Lars Von Trier)
-Matador (P.Almodovar)
-Parle avec elle (P.Almodovar)
-La femme au corbeau (F.Borzage)
-L’Atalante (J.Vigo)
-Pandora (A.Lewin)
-Les tueurs de la lune de miel (L.Kastle)
-Badlands (T.Malick)
-Duel au soleil (King Vidor)
-Peter Ibbetson (H.Hathaway)
-Passion (Y.Masumura)
-La jetée (C.Marker)
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Vous reprendrez bien un peu de questionnaire?
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La vie n’est pas facile. Après un week-end festif éprouvant, je me suis mis au lit hier à 21h30 sans la moindre envie de regarder un film. Aujourd'hui devait être un jour de repos mais j’ai malheureusement été flâner sur mes blogs préférés et voilà que Bertrand, excellent tenancier du blog Nadjalover (dont je vous recommande chaudement la lecture,voir mes favoris) me refile un questionnaire.
Après avoir dérangé des milliards de lecteurs pour mes concours bidons, je ne pouvais me défiler.
Allons-y messieurs, dames :
7 Choses que vous voulez faire avant de mourir : _Voir un film de Robbe-Grillet _Participer à l’émission « le masque et la plume » avec le Dr Devo et Bertrand _Avouer à mes amis que je tiens un blog où j’écris beaucoup de bêtises _Terminer ma collection de la revue « Fascination » _Trouver une femme capable de s’intéresser aussi bien à Jean Rollin qu’au dernier film roumain sorti sur nos écrans _Entarter une personnalité pompeuse (peux joindre liste contre une enveloppe timbrée). _Le ménage (parce que même si je meurs dans 10 minutes, il y a urgence !)
7 Choses que vous faîtes bien : _Passer des heures chez les bouquinistes pour dégoter des livres dont personne ne se souvient. _Lire à mon entourage des extraits où des citations de bouquins dont tout le monde se fout (forcément, personne ne s’en souvient) _Les coquillettes à la sauce de soja _Eteindre mon portable quand je suis en bonne compagnie _ Sourire aux jolies filles (« des femmes laides, d’abord il n’y a pas de femmes laides, il y a des femmes habillées, et leur robes ne peuvent cacher que la beauté » Albert Paraz)1
_Le timide et passer inaperçu aux yeux de la gent féminine à qui je souris bêtement (pourquoi préférez-vous les gros beaufs machos et sûrs d’eux ?) _Pour conclure et suite à ces deux derniers items, je répondrai à l’instar d’ Alain Delon à qui l’on demandait, dans Nouvelle vague de Godard, ce qu’il faisait : je fais pitié !
7 choses que vous ne pouvez/savez pas faire : _Voter _Signer une pétition, répondre à un sondage _Faire l’apologie du travail _Manger du céleri, des endives, de la choucroute et des bestioles gluantes (huîtres, escargots…) _Commencer un livre de Philippe Sollers _Supporter la vue d’une fille portant une jupe sur un pantalon. (variante masculine : le pull bleu marine noué autour du cou façon jeune électeur de l’UDF !) _Résister à la tentation
7 CHOSES QUI VOUS ATTIRENT DANS LE SEXE OPPOSE : _Les yeux (hypocrite ! hypocrite !) , surtout les bleus lorsque la demoiselle est brune !
_La couleur de peau (hypocrite ! hypocrite !), j’ai un faible pour les asiatiques, les métis me font chavirer, je me pâme devant les noires, je fonds devant les petites arabes et je ne crache pas sur les blanches (même les toutes pâles)
_L’humour (ce n’est plus de l’hypocrisie, c’est du discours de politicien !!!), surtout s’il est bien noir ou flegmatique
_ L’ouverture d’esprit et la curiosité (hypocrite !) qui me semblent des vertus plus nobles que l’intelligence et la culture (de toute manière toujours relatives)
_Les jambes (hypocrite ! mais là, on commence à se rapprocher de la vérité). Vous avez vu « l’homme qui aimait les femmes de Truffaut » ? eh bien Charles Denner, c’est moi ! (accessoire requis qui me tourneboule au plus haut point : les bas et non les horribles collants qui sont légion)
_…
_… (pour les deux dernières propositions, je vous laisse deviner car mon papa passe parfois par ici et ma petite sœur est susceptible. Et comme je ne voulais pas être hypocrite indéfiniment…)
7 CHOSES QUE VOUS DITES SOUVENT : _ « Bordel de Dieu ! » _ « Chut !!!! » (là, c’est surtout professionnel !) _ « On n’est pas bien, là ? paisible ! »
_ « Santé, bonheur, amour et joie » (accessoire requis : un demi-citron amer) _ « Bonjour » et « Au revoir » (jusqu’à 200 fois en une matinée) _ « La révolution est en marche » (malheureusement, je disais ça plus jeune ! eh oh ! je n’ai quand même pas fait 68 !) _ Un nom ridicule de cinéaste (Ariel Zeitoun, Elie Chouraqui, Gilles Béhat…), d’acteurs foireux
(JM.Proslier, Micheline Dax…), de comiques ringards pour me présenter au téléphone à un pote (genre : « allo, Alexandre Arcady ? c’est José Giovanni à l’appareil…)
7 BEGUINS POUR DES CELEBRITES : _Juliet Berto (pour toute l’époque et le cinéma qu’elle représente) _Gene Tierney (là où il y a Gene, il y a du plaisir : ah ! Laura ! Madame Muir !)
_Ava Gardner (pour le moment où elle grimpe après avoir nagé sur le bateau du Hollandais volant dans Pandora d’Albert Lewin) _Lina Romay (la plus youpitante des Chica exhibicionista de Jess Franco)
_Stefania Sandrelli (nous l’avons déjà évoqué avec l’ami PacsdeCro, je ne rajoute rien. Voyez la clé de Tinto Brass et vous comprendrez ! pour tricher un peu, citons aussi deux déesses italiennes que j’adore : Ornella Muti et Laura Antonelli)
_Delphine Seyrig (l’incarnation terrestre de la grâce)
_Anna Karina (si il y en a une que je ne pouvais pas oublier, c’est bien elle !)
7 PERSONNES DONT VOUS AIMERIEZ QU’ILS REPONDENT A CE QUESTIONNAIRE :
_Boulet, parce que lorsqu’il dit que les questionnaires que je lui transmets viennent de chez moi, ç a fait exploser mes statistiques (je passe de 250-300 visiteurs à 800-900 !)
_Casaploum, parce qu’il a une capacité à s’auto analyser qui m’épate toujours
_PacsdeCro, parce que j’aime son écriture et que je veux connaître ses 7 béguins
_Féerisette, pour la faire bosser et parce qu’elle va me faire marrer
_Dali, parce qu’elle a les plus belles jambes de la blogosphère (voir mes réponses plus haut) et parce que ça va la faire râler
_Fabrice, pour vérifier qu’il ne me fait pas la tête vu que je ne l’ai pas vu par ici depuis un certain temps !
_Ludo parce qu’il n’y a pas de raison que seuls les détenteurs de blogs répondent à ce genre de questionnaire à la con !
1 qu’est-ce que je vous disais deux lignes plus haut ?
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Un père, passe(s) et manque
Mauvaise passe (1999) de Michel Blanc avec Daniel Auteuil

Une fois n’est pas coutume, nous ferons preuve de munificence à l’égard de ce film. D’une part parce que nous avions été autrefois assez sévère envers Michel Blanc et son dernier film à ce jour (Embrassez qui vous voudrez, voir ici) alors que comme nous le disions à ce moment là, nous portons une sincère estime à cet acteur. D’autre part, parce que nous jugerons Mauvaise passe non pas à l’aune de ses qualités intrinsèques (elles existent mais les défauts sont aussi légion) mais à celle du plaisir que nous avons pu prendre à suivre les (més)aventures de Pierre, professeur de lettres quadragénaire qui décide soudainement de tout plaquer et de faire le point sur sa vie en partant vivre à Londres.
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Faut-il voir dans ce père de famille déboussolé par la monotonie d’une vie toute tracée un autoportrait du cinéaste, acteur condamné par son physique à jouer les amuseurs la quarantaine bien entamée ? Pas impossible, même si en allant tourner chez Blier et Greenaway, nous savions depuis un certain temps que Blanc souhaitait rompre avec son image de Jean-Claude Duce lui collant à la peau depuis les bronzés. Faire rire est l’un des talents les plus inestimables qui soit mais j’aime bien les acteurs qui prennent des risques et changent de registre (c’est valable pour les habitués du drame qui se lancent dans la comédie !). Chez Blanc, ce changement de registre a pour horizon l’Angleterre.
Mauvaise passe puise son inspiration du côté d’Hanif Kureishi (qui est à l’origine du point de départ du film), écrivain scénariste qui collabora autrefois avec Stephen Frears (My beautiful laundrette). Blanc tente de filmer le même type d’univers marginal (le monde des gigolos, Londres la nuit…) en suivant le parcours de cet homme qui se laisse séduire par la proposition qu’un ami lui fait de devenir escorte professionnelle.
Commençons par les défauts. C’est avant tout un film de scénariste : les dialogues sont trop écrits et Blanc, à l’inverse de Frears, peine à ancrer son film dans la réalité londonienne. Du coup, les situations paraissent un peu artificielles (le dépressif et ses problèmes de détumescences qui soudain se révèle un amant hors-pair, le « french lover » dans toute sa splendeur !) et l’aspect « psychologique » sonne faux. Sauf que « film de scénario » n’est pas ici synonyme d’absence de mise en scène. Et force est de constater que Blanc surprend agréablement de ce côté là. La caméra tente à chaque fois de prendre de vitesse ce que le récit a de convenu et le rythme s’avère allègre et nerveux. Monté assez « cut », souvent tourné caméra à l’épaule, ne craignant pas les ellipses (Pierre se retrouve soudain à Paris pour chercher un appartement) ; la première heure de Mauvaise passe se suit sans le moindre ennui. Ce n’est certes pas du Cassavetes mais il y une façon chez Blanc d’aborder de front chaque scène comme un bloc qui fonctionne plutôt bien. Certains détails font mouche, comme ce joli moment où Auteuil échange quelques regards à la dérobée avec une jolie inconnue, réalisant soudain qu’il est encore en mesure de séduire.
Cette première film est presque insouciante, c’est l’une de ses plus grandes qualités. Pierre retrouve un goût juvénile de l’aventure dans une certaine bonne humeur. Lorsque Michel Blanc cherche à montrer le revers de la médaille (le côté sordide de cette vie de gigolpince, l’arrivée de la drogue…), il devient moins convaincant et l’artifice se fait de plus en plus criant. Idem pour les scènes de Pierre avec sa famille (sa femme, son fils, son père) : psychologie de bazar et incapacité à faire prendre la sauce tragique.
La pirouette finale (encore un coup du scénario) remet notre « héros » sur les rails de l’insouciance et cette petite pointe cynique m’a plutôt plu après avoir craint le couplet moraliste qui semblait s’annoncer (du danger de quitter le droit chemin de la famille et de la patrie).
Pas un chef-d’œuvre inoubliable mais rien de déshonorant : un film attachant qui oscille entre un certain conformisme et une vraie liberté.
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La corrida de l'amour
Matador (1986) de Pedro Almodovar avec Assumpta Serna, Antonio Banderas, Carmen Maura

1986 : Matador marque un tournant dans l’œuvre de Pedro Almodovar. Avec La loi du désir, c’est l’un des tous premiers films du cinéaste a avoir été distribués en France ; mais c’est également l’époque où son cinéma prend une véritable ampleur après une série de films délirants et délibérément provocateurs (et parfaitement jubilatoires mais c’est un autre sujet).
Jusqu’à Matador, Almodovar était un trublion surdoué, le symbole même de cette « génération Movida » durant laquelle l’Espagne, suite à la mort bienvenue du puant déchet Franco, connut un souffle salvateur de liberté. Avec Matador, son cinéma devient plus « adulte », moins potache, plus maîtrisé et surtout plus sombre ; explorant les arcanes du désir et de la passion amoureuse.
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« Certaines choses échappent à la logique » dit en substance Carmen Maura qui interprète ici un rôle de psychiatre. Cette phrase pourrait s’appliquer à un bon nombre de films d’Almodovar tant celui-ci aime bâtir ses récits autour de passions « anormales » et « monstrueuses » sur le papier et les rendre évidentes à l’écran. Parle avec elle est l’un des plus beaux films d’amour jamais tourné et repose pourtant sur la passion d’un homme qui finit par abuser de la jeune femme dont il s’occupe tous les jours alors qu’elle se trouve dans le coma. Dans Attache-moi, la femme séquestrée vivra une passion sans borne avec celui qui aura été pourtant son bourreau. Nous pourrions multiplier les exemples. Même hors-norme, la passion chez Almodovar reste toujours « innocente » et « pure », même s’il elle peut se révéler destructrice. Ses personnages ne reconnaissent qu’une seule loi : celle du désir qui se moque des us et coutumes imposés par la société.
Dans Matador, ces sentiments qui n’obéissent plus à la logique sont ceux que Maria Cardenal (la somptueuse Assumpta Serna) , avocate qui telle une mante religieuse tue ses amants de passage au moment de l’orgasme, éprouve pour Diego, ancien matador qu’une blessure a éloigné des arènes et qui professe désormais son métier à de jeunes gens. Parmi ceux-là, Angel (Antonio Banderas) , adolescent hyper-sensible qui s’évanouit à la vue de la moindre goutte de sang et dont la sexualité paraît ambivalente.
Sans être véritablement le personnage principal du film, Angel est celui qui va faire « tampon » entre Diego et Maria, qui va leur permettre de se rencontrer en s’accusant de crimes imaginaires et en trouvant en Maria une avocate dévouée. C’est un personnage passionnant car il oscille entre une véritable innocence (hésitations quant à sa sexualité, incapacité de nouer une relation avec la gent féminine…) et une parfaite maîtrise puisqu’un pouvoir surnaturel lui permet de « voir » certaines choses pouvant faire progresser l’enquête.
Matador et la plupart des films d’Almodovar vont suivre ce double mouvement entre l’ « innocence » des passions et une maîtrise formelle de plus en plus prononcée.
Corrida amoureuse où un couple s’affronte dans l’arène de la passion pour une ultime jouissance le film d’Almodovar renvoie évidemment à l’empire des sens d’Oshima auquel on songe souvent. Même sens de l’absolu et des abîmes de l’amour fou, même flamboiement de la couleur rouge-sang qui envahie l’écran au moment de l’ultime sacrifice… C’est assez superbe et la mise en scène accompagne parfaitement les mouvements du rituel amoureux (la mise à mort finale est un grand moment).
L’exubérance qui caractérisait les premières réalisations d’Almodovar ne passe désormais plus par la provocation mais se retrouve dans les pelotes de sentiments, dans ces nœuds amoureux complexes où s’emmêlent les personnages. Diego représente la quintessence de la virilité méditerranéenne et comme le dit fort justement Stéphane du Mesnildot dans son livre consacré à Jess Franco : « Almodovar s’attaque à la figure du matador, incarnation séculaire de la masculinité espagnole, en révèle le caractère fasciste et l’homosexualité refoulée ». D’ou sa relation ambiguë avec Angel , sa frustration qui éclate dès les premiers plans du film (il se masturbe frénétiquement devant un film d’horreur dudit Jess Franco) et son désir de s’unir à une « femme matador » à qui le cinéaste lègue tous les « instruments » de la virilité (c’est elle qui domine l’homme pendant l’amour et qui les tue avec une épingle à cheveux phallique).
Chez Almodovar, la femme a pris les reines de son désir et s’est émancipée des schémas archaïques de la virilité que représente le torero. Mais le « fascisme viril » n’est pas non plus exclusivement l’apanage des hommes. Tyrannisé par une mère fanatique (membre de l’Opus Dei !!) , Angel se voit « féminisé » tandis que cette femme reprend à son compte tous les attributs du fascisme masculinisé.
Personnages riches et complexes, sentiments exacerbés, maîtrise parfaite de la mise en scène : avec Matador, Almodovar s’affirme déjà comme l’un des plus grands cinéastes européens. Il ne nous a quasiment jamais déçu depuis (à part, en ce qui me concerne, et de manière toute relative, avec la mauvaise éducation).
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Les deux orphelines cannibales
Spider baby (1964) de Jack Hill avec Lon Chaney Jr.

Pas d’inquiétudes : aucune résolution de limiter l’objet de ce site au seul cinéma « mainstream » (pour parler le bon français des Cahiers du cinéma !) n’a été prise en ce début d’année. Le manque d’attention aux objets déviants du 7ème art que vous avez pu constater ces derniers temps n’est du qu’à un malheureux concours de circonstances auquel je vais m’empresser de mettre terme en évoquant pour vous, mes biens-aimés lecteurs, la carrière de Jack Hill (à ne pas confondre avec George Roy et Walter !).
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Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez que je vous présente d’abord l’ énergumène, obscur petit artisan dont l’œuvre reste néanmoins en mémoire grâce à deux fleurons de la « Blaxploitation » qu’il tourna au mitan des années 70 : Foxy Brown et Coffy, la panthère noire de Harlem. Aussi nullos soient ces films, ils eurent le mérite de révéler à l’écran la divine Pam Grier, cette splendide actrice noire qu’exhumera une vingtaine d’années plus tard Tarantino pour en faire la vedette de son beau Jackie Brown.
La découverte opportune de Spider baby nous a permis de réaliser que l’œuvre de Hill ne se limitait pas à ces films identitaires et qu’il réalisa également de petits films d’horreur fauchés bien gloupitants !
Ca commence assez fort avec un narrateur qui nous présente une curieuse maladie : le « symptôme de Merrye », étrange phénomène de régression qui toucha tous les membres d’une famille américaine moyenne chez qui il dut se rendre autrefois. Dégénérescence que l’on peut constater d’emblée puisque hormis un oncle bienveillant (Lon Chaney Jr, docteur es-nanars et fils de l’acteur fétiche de Tod Browning) , le spectateur se prend à croire qu’il a été propulsé dans un coin reculé de l’Yonne, malheureux témoin des ravages de la consanguinité qui frappe ce genre d’endroit de génération en génération ! D’un côté, deux sœurs d’une vingtaine d’années qui se comportent comme des gamines de huit ans et se livrent à des jeux enfantins qu’un esprit peu enclin aux vicissitudes du monde moderne considérera comme cruels (au lieu d’arracher les ailes des mouches, l’une d’elles coupe les oreilles du facteur avant de le tailler en pièce). Ces deux charmantes demoiselles-araignées ont un frère encore plus atteint qu’elles, revenu au stade du nourrisson. Avec son crâne rasé et son regard de fou, il m’a fait pensé à l’un des tueurs de la colline à des yeux de Wes Craven. Bref, le genre de type patibulaire ayant tout d’un pitbull croisé à un supporter du PSG ! N’ayant pas trouvé d’emploi de videur de boite de nuit, la seule branche susceptible d’être intéressée par un profil comme le sien, que croyez-vous que le brave homme se mît à faire ? Eh bien à manger du chat rôti et à s’en prendre aux visiteurs d’infortune.
Ces jeunes gens vivent quasiment livrés à eux-même puisque le père de famille reste au lit toute la journée sous forme de squelette (coucou, Norman Bates !) tandis qu’un oncle a muté en atteignant le stade de sauvagerie et de cannibalisme prénatal (j’ignorais, messieurs dames, que nous fussions cannibale à l’état prénatal !)
Bref, une petite famille paisible, lointain prédécesseur de celle de Massacre à la tronçonneuse , qui coulerait des jours heureux si une bande de gens n’était pas venu leur rendre visite pour une sombre histoire d’héritage.
Spider baby, comme précurseur du « slasher » , se révèle à la fois extrêmement classique (les habitants du coin affolés dès qu’on prononce le nom « Merryes ») et bizarroïde à souhait . Hill tente de créer un climat où se mêlent morbidité, humour noir (le repas est anthologique) , perversité (la jeune fille qui, jouant les gamines, saute sur les genoux de son oncle en relevant les pans de sa chemise de nuit ou encore l’exquise voix des deux sœurs entonnant un gentillet : « thank you, uncle Peter ») et une vraie folie furieuse (le frère demeuré à la langue pendante poursuivant une des invitées en petite tenue et porte-jarretelles – yes !-).
Décrit comme je viens de le faire, le film a l’air très alléchant. A l’écran, il l’est un peu moins tant la mise en scène se traîne lamentablement. C’est mou , mais que c’est mou ! …et Hill abuse des plans de plus de trente secondes où un personnage se contente de frapper à une porte et de l’ouvrir. Une seule scène est splendide : l’avocat se fait attaquer au sous-sol par l’oncle redevenu créature monstrueuse. Après s’être débattu, Hill le filme soudainement en plongée. Arrive un magnifique contrechamp où l’on découvre en contre-plongée les silhouettes des deux sœurs se détachant de la pénombre. Outre la beauté de ce plan (c’est vraiment de l’ombre chinoise), c’est la soudaineté de son surgissement qui nous scotche.
Malheureusement, ce moment paraît un peu isolé et on se prend à songer à José Mojica Marins, ce cinéaste brésilien totalement barré que je vous recommande chaudement. Dans de petits bijoux comme Cette nuit, je m’incarnerai dans ton cadavre ou A minuit, je posséderai ton âme ; il y avait non seulement ce climat morbide, gothique et malsain mais il était en plus porté par une réalisation complètement baroque, d’une rare inventivité.
Dans Spider baby, il y a tous les éléments pour une œuvre folle (elle l’est parfois) mais l’absence de mise en scène bride cet élan de folie. C’est un peu décevant mais les amateurs de curiosités se devront néanmoins d’aller jeter un œil de ce côté-ci…
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