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http://20six.fr/pierrot

Hébergé par 20six.fr



 

Je n'arrive même pas a trouver comment écrire un titre pour les notes!

Donc 20six, c'est bien terminé!

Rendez-vous ici pour la suite :  

http://drorlof.over-blog.com/

 

(qui m'aime me suive. ça va pas faire grand monde de toute façon!)

Je garde l'autre adresse chez Blogspot pour publier de temps en temps d'autres choses me tenant à coeur (sur la littérature par exemple).

Un blog meurt, deux autres naissent.

27.1.06 20:30


 

Vu l'état dans lequel 20six a mis ce blog (adieu l'index, adieu les liens), je l'abandonne (non sans un pincement au coeur car c'est quand même 1 an et demi de notes).

Je réfléchis à m'exiler à un autre endroit et j'ai déjà fait deux essais:

chez Blogspot (http://drorlof.blogspot.com/) (j'aime bien la présentation mais je suis incapable de créer des liens pour les favoris! quelqu'un peut-il m'aider?)

Ou chez Over-Blog (http://drorlof.over-blog.com/) (celui que je risque d'adopter)

Qu'en pensez-vous?

En connaissez-vous des très simples à manipuler et pas trop moches?

A bientôt pour la suite de ces aventures....

 

26.1.06 21:24


Pierrot et les classiques (II)

Les sept samouraïs (1954) d'Akira Kurosawa avec Toshiro Mifune



LE PREMIER DISCIPLE. Maître, nous avons à nouveau un différent et nous aimerions avoir votre avis sur ce que l’on nomme « culture ».


LE MAÏTRE. Qu’entends-tu par culture ?


LE DEUXIEME DISCIPLE. Pour moi, c’est l’expression d’un patrimoine commun et national. Un retour à ses racines permettant de lutter contre la médiocrité marchande et le nivellement opéré par le commerce. Lorsque Glauber Rocha invente le « cinéma novo » au Brésil, il replonge dans les légendes populaires de son peuple et lui offre un langage commun contre l’impérialisme américain…


LE MAÏTRE. La culture est donc, pour toi, l’expression d’un héritage territorial immémorial. Quelque chose d’ancrée dans la nation. C’était l’idée du romantisme allemand…


LE PREMIER DISCIPLE. Et on a vu ce que ça a donné ! le nazisme prêchait le même type d’idéal…


LE MAÏTRE. Garde toi des simplifications hâtives et des raccourcis. Le fait qu’Hitler ait remis au goût du jour, dans la lignée des romantiques, les vieilles légendes allemandes  ne fait pas du mouvement romantique un précurseur du nazisme. Certains ont prétendu cela, et ils l’ont fait de Nietzsche également. Or il semble difficilement concevable qu’une œuvre exaltant avec tant de ferveur l’individu soit compatible avec l’embrigadement nazi, le culte du chef et autres fadaises. Si l’on tient absolument à schématiser, je verrais des liens beaucoup plus évidents entre le nazisme et une certaine tradition française contre-révolutionnaire (De Maistre), raciste (Gobineau), antisémite (Drumont) et nationaliste (les crapules de l’Action Française) plutôt qu’avec le romantisme…     


LE DEUXIEME DISCIPLE. C’est évident. Patrimoine national ne signifie pas la supériorité d’un tel sur un autre. Regarde les sept samouraïs , c’est une œuvre profondément japonaise, qui s’inscrit dans un contexte historique et social précis. C’est un monument de la culture japonaise !


LE MAITRE. Tout à fait d’accord pour l’ancrage socio-historique du film. Jean-Patrick Manchette a écrit de fort belles lignes à ce propos en montrant que Kurosawa prend acte d’une évolution historique irrémédiable : la chute d’un système féodal (celui des ronins, des samouraïs) au profit des paysans (d’ou le mot de la fin où un samouraï dit clairement « ce sont les paysans qui ont gagné, pas nous). « Au Japon comme ailleurs (à des conditions diverses), la suppression du mode de production féodal passe par la réforme agraire ». D’ou le conflit incessant entre l’idéal chevaleresque des samouraïs qui aident les paysans contre rien et qui en retour, « travaillent à leur propre liquidation historique »…


LE PREMIER DISCIPLE. Mais enfin ! je suis d’accord avec vous mais Kurosawa, ce n’est pas que ça ! c’est aussi Shakespeare (voyez le combat final dans la boue se déroulant sous une pluie diluvienne), c’est Dostoïevski et même John Ford (la manière de filmer la course des chevaux). Bien sur que les sept samouraïs est un film « historique », mais c’est également un western ! Avec des cinéastes comme Ozu ou Naruse, j’aurais eu du mal à faire-valoir mes arguments mais Kurosawa !… Reconnaissez que c’est le plus « occidental » des cinéastes japonais…


LE MAÏTRE. Bien entendu mais tu ne m’as pas laissé terminer ! Dans son autre acceptation, le terme « culture » est ce qui s’oppose à la nature et qui permet d’espérer un patrimoine commun à l’humanité, ce petit plus de l’esprit qui dépasse les frontières spatio-temporelles…


LE DEUXIEME DISCIPLE. Mais…


LE MAÏTRE. As-tu aimé ce film ?


LE DEUXIEME DISCIPLE. Je l’ai adoré ! c’est un monument mais…


LE MAÏTRE. Pourtant, tu n’es pas japonais ! dans ce cas, la culture dépasse l’idée de patrimoine. Vois-tu, ce qui m’agace aujourd’hui est la dépréciation du mot culture. Il ne sert désormais plus que d’étendard aux régionalismes frileux, aux folklores rances, aux nationalismes haineux ! Je préfère finalement adopter la terminologie de Godard et opposer à la culture (on parle même de « culture pub » ou de « culture jeune », c’est dire !) l’Art.  L’Art, c’est ce qui permet de retrouver Shakespeare chez un cinéaste japonais du 20ème siècle ; ce sont ces plans sublimes où Kurosawa s’attarde sur les visages parcheminés des vieux paysans. Comme dans le superbe Barberousse, il y a cette humanité, cette compassion dans le regard qui nous bouleverse alors qu’il nous parle de ploucs du 16ème siècle. A ce degré d’expressivité (il y a un côté Goya dans les sept samouraïs) , d’intensité, l’Art aboli les frontières du temps, de la langue et nous parle. Abandonnons la culture, mes enfants et adonnons–nous à l’Art. C’est la seule chose qui en vaille la peine…


LE PREMIER DISCIPLE. Me voilà rassuré ! Dites maître, que pensez-vous du remake américain du film de Kurosawa ?


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Les trois partent dans un immense éclat de rire


 


A suivre…


 

24.1.06 18:37


Pierrot et les classiques (I)

Le voleur de bicyclette (1948) de Vittorio De Sica



LE PREMIER DISCIPLE. Maître, nous venons vous trouver pour que vous nous parliez aujourd’hui du réalisme au cinéma. C’est une question qui agite beaucoup les esprits dans toutes les écoles et nous aimerions avoir votre avis.


LE DEUXIEME DISCIPLE. D’après moi, le cinéma est réaliste par essence. Même lorsqu’il se réfugie dans l’imaginaire le plus débridé, il conserve une trace du réel (ne serait-ce que par l’enregistrement de la machinerie illusionniste, voir Minnelli)


LE PREMIER DISCIPLE. Mais le Réel n’existe pas ! Du moins en tant que donnée objective. C’est une pure projection de l’esprit et pour qu’il y ait de l’Art, il faut une pensée subjective , quelque chose permettant de construire ce Réel. C’est la mise en scène. Sans mise en scène, il n’y a rien ! c’est l’enregistrement de l’anniversaire du petit Kevin avec la caméra vidéo de son père…


LE MAÏTRE. Du calme ! avant d’avancer plus loin dans le débat, commençons par définir le terme de réalisme. Le dictionnaire nous dit qu’il s’agit d’une « conception accordant au monde une réalité indépendante de la perception que nous en avons et sur laquelle se fonde la possibilité d’une connaissance fiable ». En cela, le réalisme s’oppose à l’idéalisme.


LE DEUXIEME DISCIPLE. Cette définition corrobore mon sentiment. La caméra demeure un instrument « objectif », et par sa capacité d’enregistrer simplement ce qui se trouve devant elle, elle nous permet d’approcher une certaine connaissance du monde. Voir le voleur de bicyclette, c’est connaître la situation sociale de l’Italie au lendemain de la seconde guerre mondiale : la pénurie, le rationnement des vivres, le chômage…


LE MAÏTRE. C’est l’idée du « réalisme ontologique » du cinéma chère à Bazin : « les choses sont là, pourquoi les manipuler ? ». C’est une hypothèse à ne pas balayer d’un revers de main…


LE PREMIER DISCIPLE. Mais je ne milite pas pour un cinéma entièrement idéaliste et baroque qui ne relèverait que d’une pure projection mentale, qui serait totalement déconnecté de la réalité ; je constate seulement que même le voleur de bicyclette n’est pas un film « réaliste ». Du moins, il n’est pas que cela puisqu’il est dramatisé, que De Sica choisit de s’intéresser au destin de cet homme volé (et pourquoi pas au voleur ?), qu’il place à ses côtés un enfant. Si je m’en tiens à votre définition, il devrait y avoir une « réalité indépendante de notre perception » du bambin italien que le cinéma serait en mesure de saisir. Or il suffit de comparer le petit Bruno aux enfants qui peuplent les films de Rossellini à la même époque pour mesurer les différentes implications  amenées par cette figure enfantine…


LE MAÏTRE. Tu as bien évidemment raison. Le voleur de bicyclette reste une fiction. Je dois cependant te mettre en garde contre une attitude trop radicale. Tu me sembles confondre « réalisme » et pure objectivité. Réalisme n’est pas synonyme de « documentaire » (et encore, il faudrait nuancer cette idée selon laquelle un documentaire s’oppose à la fiction en rendant compte objectivement de la réalité. Les grands documentaires (Depardon) sont ceux qui parviennent justement à faire naître de la fiction au sein du Réel…). Et réalisme ne signifie pas effacement devant la réalité et absence de mise en scène. Il faut un point de vue…


LE DEUXIEME DISCIPLE. Lorsque Méliès réalise ses féeries, il est dans la fiction mais paradoxalement, il réalise également des documentaires…


LE MAITRE. …et les frères Lumière, lorsqu’ils choisissent le point de vue précis qui effraiera les spectateurs de l’arrivée du train en gare de La Ciotat  sont déjà dans la fiction. En exposant le monde, ils le déréalisent…


LE PREMIER DISCIPLE. Mais alors, si je filme un train avec ma caméra vidéo, je fais du cinéma ?


LE MAITRE. Crois-tu que les apprentis vidéastes qui font disparaître leurs enfants en usant d’un trucage digne de Ma sorcière bien-aimée (la série) sont tous des Méliès ?


LE DEUXIEME DISCIPLE. Le néo-réalisme italien reste ce moment primordial dans l’histoire du cinéma où le septième art prend conscience de la nécessité de témoigner, d’offrir aux yeux des spectateur un constat objectif du monde…


LE MAITRE. Ne sois pas aussi catégorique. Il n’y a pas plus « d’objectivité » chez De Sica que chez Rossellini. L’intéressant dans le voleur de bicyclette reste justement cette façon de composer avec le Réel à travers la fiction. Observe bien le filmage assez pauvre du film : il convient à la fois au propos mais privilégie cependant une extrême mobilité de la caméra et de nombreux plans d’ensemble ou plans larges. Derrière le « héros » du film et son fils (la fiction), De Sica laisse toujours énormément de place au tableau réaliste et/ou pittoresque (les marchés, l’église…). Il y a de la mise en scène comme il y en a chez Rossellini (voir la manière dont il filme le petit Edmund toujours au bord du vide dans un décor très expressif de ruines dans Allemagne année zéro).


LE PREMIER DISCIPLE. Je suis d’accord avec vous. L’intérêt du film vient de cette manière de reconstruire le Réel par la mise en scène. Ce que je n’aime pas dans cette conception du « réalisme au cinéma », c’est que cette notion est souvent prétexte à une démission de la mise en scène au profit de personnages emblématiques qui n’ont rien de réalistes et qui répondent seulement à l’idéologie du cinéaste (Tavernier, Boisset, Costa-Gavras, Guédiguian dans ses mauvais jours…)


LE MAÏTRE. Je te suis. Je distinguerais volontiers le « réalisme » et un pseudo naturalisme où les choses données comme objectives ne sont qu’une prise en otage du Réel par l’idéologie. Pas beaucoup de cinéma dans ce cas là…


LE DEUXIEME DISCIPLE. N’y a-t-il pas d’idéologie dans Le voleur de bicyclette ?


LE MAÏTRE. Bien entendu. Mais il faut faire un petit rappel historique. Nous sommes au lendemain de la guerre qui a décimé l’Europe en particulier . Comme le dit Manchette, c’est une période de reconstruction qui « est essentiellement reconstruction de l’économie et de son monde ». L’Amérique, moins touchée que les autres, règne sur l’imaginaire collectif mondial (vous constaterez que les affiches que colle le « héros » du film sont celles de Rita Hayworth dans Gilda) . Alors que la forme triomphale du classicisme hollywoodien se développe avec l’expansion du Capital ; le néo-réalisme italien intervient au moment où cette nation se reconstruit selon un schéma « stalino-chrétien » (encore Manchette). Il paraît évident que l’idéologie de la sociale-démocratie italienne imprègne le cinéma de Rossellini et surtout de De Sica. On en revient à cette figure du petit garçon. Chez Rossellini, il y a à travers cette figure une volonté patente de montrer comment la guerre a eu raison de l’innocence et a liquidé l’enfance (la mort d’un gamin est un motif récurrent d’Allemagne année zéro et d’Europe 51). Chez De Sica, c’est déjà un procédé mélodramatique et une manière d’émouvoir le spectateur. Le voleur de bicyclette convoque un certain nombre de poncifs chrétiens (le rôle de la Providence, le « tu ne voleras point » et « tu ne feras pas subir aux autres ce qu’on t’a fait subir »  qui empêchent d’adhérer totalement au film. Pour conclure avec cette notion de réalisme, nous dirons qu’une mise en scène est nécessaire pour appréhender l’épaisseur du réel. Cette mise en scène existe chez De Sica mais elle est déséquilibrée par une idéologie sentimentalo-chrétienne un peu bébête. Rossellini (qui n’est d’ailleurs pas non plus ma tasse de thé !) a aussi été marqué par cette idéologie mais il est resté beaucoup plus « sombre », plus dur et moins larmoyant. Tandis qu’avec le voleur de bicyclette, nous sommes face à une œuvre qui coïncide parfaitement avec son époque (et qui intéresse pour cette raison)  tout en témoignant également de l’importance d’une idéologie qui prendra le pas dans la carrière du médiocre De Sica (voir cette puante bondieuserie qu’est Miracle à Milan).


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A suivre


 

23.1.06 16:49


Association de malfaiteurs

La confiance règne (2004) d'Etienne Chatiliez avec Vincent Lindon, Cécile de France, Anne Brochet, André Wilms



Encore un film français qui ne m’a pas fait rire une seule fois, détail ennuyeux pour ce qui est censée être une comédie. Je dois cependant reconnaître ne pas être, loin sans faut, un fan d’Etienne Chatiliez   (même si en son temps, j’avais bien aimé la vie est un long fleuve tranquille et Tatie Danielle : deux films que j’aurais du mal à revoir aujourd’hui !).


Une chose est sûr : Chatiliez n’a jamais été un cinéaste. C’est un publicitaire dont chaque film repose sur un « truc » décliné de manière plus ou moins efficace. Ce « truc », ce « concept publicitaire » peut être une opposition basique (les riches et les pauvres dans la vie est un long fleuve tranquille, les rats des villes et les rats des champs dans le très médiocre le bonheur est dans le pré) ou  un renversement des perspectives classiques (au lieu de la mamie gâteau, une vieillarde acariâtre d’une rare méchanceté dans Tatie Danielle ; le jeune qui au lieu de se révolter contre l’autorité familiale s’accroche désespérément à des parents excédés dans le nullissime Tanguy).   


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La confiance règne relève plutôt de la première catégorie. Deux cleptomanes notoires (Christophe et Crystèle) s’associent et se font engager comme employés de maison chez de riches notables provinciaux qu’ils dévalisent à l’occasion. Scénario basique qui permet à Chatiliez de se livrer à son passe-temps favori : l’épinglage mesquin et le ricanement hautain. Jamais jusqu’à ce jour Chatiliez n’avait fait preuve d’un tel mépris pour ses personnages, que ce soit pour son couple vedette (deux beaufs totalement abrutis) ou les gens qu’ils cambriolent (rombières gaullistes, vieillardes séniles et refaites, bourgeois cauteleux…).


Le cinéaste renvoie tout le monde dos à dos : les riches sont des cons finis, qui trompent leurs femmes et laissent des « traces de pneu «  (dixit le film) au fond de leurs caleçons. Quand aux pauvres, ils sont affreux, sales et méchants. Il faut voir le temps d’une scène ignoble André Wilms en père de famille prolo qui insulte son fils aîné et « reluque sa gamine depuis qu’elle a trois poils » (dixit le film via le personnage de sa femme) pour se faire une idée du regard que Chatiliez porte sur l’humanité. .


Entendons-nous bien : je suis suffisamment misanthrope pour vous épargner le couplet sentimentalo-humanitariste (Renoir, chacun à ses raisons, blablabla…). Mais ce qui me révulse dans l’attitude de Chatiliez, c’est cette manière de se placer au-dessus du lot, de passer un accord tacite avec le spectateur en lui disant : « vous et moi sommes plus intelligents que les autres, rions ensemble des cons ». Lorsque Mocky ou Jean Yanne première manière se livrent à de jubilatoires jeux de massacre, ils n’épargnent pas le spectateur et dénoncent avant tout un système dégueulasse.


Chatiliez se contente lui de moquer quelques individus (c’est si facile) tout en confortant avec le plus suintant des conservatismes droitiers l’organisation sociale (voir la vie est un long fleuve tranquille où il est clairement montré que les petits riches et les petits pauvres ne pourront jamais se mélanger). On imagine parfaitement le ricanement bête de l’électeur sarkozyste lorsque le cinéaste envoie quelques piques contre l’administration ou la RTT (ceci dit, il faut farouchement s’opposer aux 35 heures. C’est beaucoup trop ! Nous voulons travailler 10 heures par semaine, comme le préconisait le génial Oscar Wilde. Cela paraît amplement nécessaire pour accomplir les quelques tâches ingrates dont ne pouvons nous passer tout en laissant suffisamment de temps pour nous adonner à nos passions).


 


Et puis merde ! marre de ces films où l’on ne cesse de faire l’apologie du pognon et d’un système D permettant d’en obtenir. Notre couple devient millionnaire en vendant de la cocaïne ? grand bien leur fasse, cela ne semble pas éveiller le moindre soupçon de conscience morale au cinéaste.  Au contraire, cela lui permet d’étaler un nombre incalculable de marchandises en toc (vêtements, parfums, voitures…) en prenant soin de bien révéler les marques (quand je vous disais que Chatiliez est un publicitaire !) Ras le bol de cette idéologie basée sur le fric et l’entourloupe. Lorsque Lubitsch mettait en scène un couple de voleur dans le sublime Haute pègre, l’argent n’était jamais une fin en soi mais juste un moyen pour les personnages de se mettre à l’abri des contingences terrestres et pouvoir s’adonner à l’amour, à l’esprit et à une délicieuse oisiveté. C’est toute la différence qu’il y a entre l’être et le paraître…


 


La confiance règne est non seulement un très mauvais film mais un film dont on ressort sali après l’avoir vu, qui imprègne de ses exhalations méphitiques son spectateur comme les acteurs débauchés dans cette galère. En plus d’être un mauvais cinéaste, Chatiliez a le don pour rendre mauvais ses comédiens. Je me souviens des épouvantables prestations de Sabine Azéma et André Dussollier (acteurs remarquables la plupart du temps) , reconvertis en singes grimaçants dans Tanguy. Ici, nous avons droit à un épouvantable numéro de Vincent Lindon, tout en tics et en grimaces, alors que, même inégal, l’acteur est en mesure de se révéler convaincant s’il est bien dirigé. Face à lui, le réalisateur réussit le prodige de souiller la lumineuse Cécile de France qui incarne une grosse charolaise vulgaire (« j’prendrais bien une mousse » ou « tu veux une pipe ? » en mettant la main au paquet de Lindon) affublée d’un accent horrible (je n’ai pas réussi à déterminer si il s’agissait d’un accent chtimi ou de l’accent picard en sachant que le cinéaste a de la famille dans cette région). On se demande par quel accès de démence ces comédiens ont accepté ce film en sachant qu’ils devraient effectuer un concours de pets digne de la soupe aux choux !


 Je ne me l’explique pas mais sans que ce soit leur faute, le résultat est affligeant…


 

22.1.06 18:15


Le Mexique en 1000 clichés

Quartier interdit (1951) d'Emilio Fernandez avec Ninõn Sevilla



Que diriez-vous de replonger une fois de plus dans le cinéma mexicain des années 50 ? Avec un sujet aussi attrayant, inutile de vérifier les statistiques pour deviner que nous allons faire du tri et ne garder que l’élite de nos lecteurs. J’ai trouvé un moyen encore plus efficace que les mots de passe pour me débarrasser des individus inopportuns !


Toutefois, l’avantage de parler d’Emilio Fernandez et de Ninõn Sévilla ; c’est que nous sommes peu nombreux à le faire et que nous pouvons ainsi espérer être référencé dans les premières pages des moteurs de recherche. Tapez « Michel Caputo » ou « Armando Bo » dans « Gogole » et vous verrez apparaître votre serviteur. 


Mais curieusement, je n’apparais que très loin lorsque la requête énoncée est « Alberto Gout », ce maître du mélo mexicain dont je vous ai parlé deux fois (ici et ). Pas question de baisser les bras et de laisser à d’autres la primeur d’être considéré comme les spécialistes de ce cinéma là. Et puis après un film pseudo-érotique hier, une note sur le cinéma « sexy » des années 50 me semblait un moyen de transition relativement pertinent !


Oh ! ne vous emballez pas ! Sexy est un bien grand mot ! Malgré les retrouvailles avec la grâce chevaline de N. Sévilla (déjà héroïne de Maison de rendez-vous et de Femmes interdites) qui nous régale de ses jolies gambettes le temps de quelques numéros dansés soporifiques, le film s’avère aussi sensuel qu’une revue sur les gaines.


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A côté de cela, c’est du mélodrame chargé à la chevrotine ; Fernandez ne donnant pas dans la demie-mesure : fille-mère abandonnée par un vilain souteneur violent, maquereau qui oblige la mère à jeter son nouveau-né à la poubelle ( !), danseuse au grand cœur qui recueille le nourrisson mais doit se prostituer pour l’élever… Ca pleure, ça crie, ça tire au revolver… Les femmes se font frapper par les hommes, les enfants vivent dans la rue et économisent leurs derniers sous pour offrir des chaussures à leur mère en prison… Rarement j’ai vu un tel déferlement lacrymal à l’écran. Aucun poncif destiné à faire pleurer Margot ne manque à l’appel (ah, le capital pleurnicherie que représente un enfant !) et l’on patauge 1 heure 30 durant dans une mélasse larmoyante abominable.


A cela s’ajoute tous les clichés liés au cinéma mexicain, infligeant au spectateur accablé des numéros de danse mortellement ennuyeux, des romances roucoulées par des guitaristes à chapeaux mexicains…


 


N’épiloguons pas plus sur ce film : c’est consternant de bout en bout…

21.1.06 19:49


Quand érotisme rime avec dadaïsme

Le livre érotique de la jungle (1970) de Tsanusdi (Jonathan Lucas)



Suite à la grande enquête que nous menâmes pour déterminer quels étaient les dix films les plus érotiques de l’histoire du cinéma, nous décidâmes de vous mettre à la diète et de ne point parler de ce (noble) genre plus que de raison afin d’éviter la saturation.


Mais il fallait un jour renouer (j’ai senti cet appétit renaître en vous, ne mentez pas, aimables lecteurs !) avec ce cinéma leste et compter sur la politique de programmation de « Ciné Auteur » (qui laisse parfois rêveur) pour offrir à nos yeux émerveillée ce vestige de l’érotisme sorti de nulle part  nous ayant  laissé, il faut le reconnaître, pantois.


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Premier objectif : identifier l’OVNI. Grâce à la saison cinéma 1972, nous apprenons que ce film est sorti en France le 1er septembre 1971 (ne m’en veuillez pas d’avoir oublié, je n’étais pas né !). Mais le papier (signé Jean-Claude Guiguet !) très dur pour le film (« Pitoyable récit d’aventures grivoises dans une jungle où l’on remarque une végétation de pays tempérés », « A mourir d’ennui, même au second degré ») n’est guère informatif et se contente de répéter ce que nous offre le générique. Pas d’information quant à la véritable identité de « Tsanusdi » qui signe le film. Pour la chaîne câblée, il s’agirait d’une œuvre de l’obscur Jonathan Lucas (inconnu au bataillon). N’aimant pas écrire une note dans le brouillard, j’ai fait une entorse à mon règlement en allant, avant de rédiger, un peu surfer sur la toile pour dénicher quelques renseignements supplémentaires. Force est de constater que le fiasco fut presque total.


IMDB semble néanmoins confirmer que ce Lucas là a bien tourné quelques films (dont ce livre érotique de la jungle, sans doute son « chef d’œuvre ») , notamment pour la télé et qu’il a utilisé le pseudo de Tsanusdi. Maintenant, si vous en savez plus que moi, n’hésitez pas à m’affranchir.


 


Pitch. Un détective accompagné de sa mijaurée sont sommés de se rendre dans la jungle afin de retrouver une jeune fille qui aurait peut-être survécue à un traquenard ayant coûté la vie à ses parents il y a de ça 15 ans. Une journaliste va se joindre à cette mission ainsi que le cousin de la disparue accompagné de sa femme et un savant. Bien entendu, la jeune fille sera devenue la reine (Erostika, sic !) d’une tribu de Papouilles (re-sic) et tout le monde aura eu l’occasion de baisouiller .


 


Une telle désinvolture dans le n’importe quoi donne au film des airs de manifeste dadaïste. Comme le notait Guiguet, la forêt du coin a suffi pour faire office de jungle et pour faire plus « réel », notre Lucas, avec l’héroïsme d’un Ed Wood ou d’un Jesus Franco, nous balance toute une série de « stock shots » d’animaux tirés d’un documentaire quelconque. Ce qui nous vaut une scène épique où le couillon de détective cul nu est censé se faire poursuivre par un alligator qui, dans son film d’origine, n’a pas l’air du tout belliqueux. Passons. Nous ne sommes pas venus là pour voir Indiana Jones mais un film érotique.


Las, de ce côté là ça reste également très hasardeux et nous devrons nous contenter de la vision de quelques rares mijoles (pour parler bruxellois), d’une polissonne qui court volontiers la galipote (pour parler québécois) (je suis polyglotte) et de quelques scènes de galipettes très soft que le réalisateur, certainement sous l’emprise de substances illicites, filme avec des filtres de toutes les couleurs (comme dans The Trip de Corman).   


Personne ne l’a prévenu non plus que l’érotisme se marie fort mal avec l’humour. Notre bonhomme nous assomme donc avec quelques blagues de patronage et une grivoiserie qui ferait presque passer Jean Amadou pour un esthète (de nœud !).


 


Tout cela n’est pas bien grave. Nous verserons juste une larme sur cette époque révolue où il était possible que de tels films aient accès aux écrans. La pollution qui a envahi le milieu cinématographique ne permet plus la production de tels navets artisanaux. Maintenant, c’est la boursouflure et les OGM filmiques.


Réhabilitons et protégeons le navet à l’ancienne ! 


 

20.1.06 20:22


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